Tout le monde se tait, je me tais . Peut être n'y a-t-il rien à dire de tout ça. La mort prouve aux humains qu'ils ne comprendront jamais tout, car ils ne savent pas comment la dire, et ne veulent surtout pas faire face à cette horreur de la disparition. Je me rends compte aussi que je deviens aigri, susceptible, et que j'aime de moins en moins la compagnie de mes semblables. A peu près tout ce que j'entends autour de moi me semble insultant vis à vis de ce que Cécile a vécu, et ce que nous vivons depuis deux ans.
Comme tous les gens blessés ou malades j'attends la guérison qui n'aura peut être pas lieu. La simple et sempiternelle question : ça va ? me donne envie de répondre méchament , je marque d'ailleurs toujours un temps d'arrêt avant de répondre, je me retiens de dire toute chose qui paraîtrait suspecte, et je me dis en mon for intérieur "si tu savais...". Car la vérité n'est pas toujours bonne à dire. Je préfère me taire ou répondre oui comme on le fait tous dans l'hypocrisie générale.
De mon côté je trouve que tout ce silence est abject, et puisque je ne sais pas plus que les autres comment exprimer tout ça , comment dire ma douleur , mes rancoeurs, ma haine, j'ai décidé d'en finir avec cet espace d'écriture maintenant inutile et stérile.
Il sera désormais comme Cécile : MUET COMME UNE TOMBE.
Pour finir (en beauté) un poème (et une chanson) adoré par Cécile
Il n'y a pas d'amour heureux
--------------------------------------------------------------------------------
Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux
Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux
Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux
Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux
Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)




