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Comment comprendre le silence ? Il se trouve que le silence , la mort , l'absence ont comme point commun de ne pas s'exprimer, ou plutôt de ne pas pouvoir être exprimées. Alors je crois que devant cette impossibilté-là il faut suivre ce que Wittgenstein disait : "ce que l'on ne peut pas dire il faut le taire".
Tout le monde se tait, je me tais . Peut être n'y a-t-il rien à dire de tout ça. La mort prouve aux humains qu'ils ne comprendront jamais tout, car ils ne savent pas comment la dire, et ne veulent surtout pas faire face à cette horreur de la disparition. Je me rends compte aussi que je deviens aigri, susceptible, et que j'aime de moins en moins la compagnie de mes semblables. A peu près tout ce que j'entends autour de moi me semble insultant vis à vis de ce que Cécile a vécu, et ce que nous vivons depuis deux ans.
Comme tous les gens blessés ou malades j'attends la guérison qui n'aura peut être pas lieu. La simple et sempiternelle question : ça va ? me donne envie de répondre méchament , je marque d'ailleurs toujours un temps d'arrêt avant de répondre, je me retiens de dire toute chose qui paraîtrait suspecte, et je me dis en mon for intérieur "si tu savais...". Car la vérité n'est pas toujours bonne à dire. Je préfère me taire ou répondre oui comme on le fait tous dans l'hypocrisie générale.
De mon côté je trouve que tout ce silence est abject, et puisque je ne sais pas plus que les autres comment exprimer tout ça , comment dire ma douleur , mes rancoeurs, ma haine, j'ai décidé d'en finir avec cet espace d'écriture maintenant inutile et stérile.
Il sera désormais comme Cécile : MUET COMME UNE TOMBE.

Pour finir (en beauté) un poème (et une chanson) adoré par Cécile
Il n'y a pas d'amour heureux

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Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux


Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)

# Posted on Monday, 26 October 2009 at 9:53 AM

Edited on Monday, 26 October 2009 at 10:32 AM

Tous les 6 septembre

Tous les 6 septembre
Deux ans ; même après deux ans je ne pourrais pas faire un bilan de cette histoire qui n'en finit pas de me suivre. Tout ce que je sais c'est que je vis avec tous les jours, en permanence, et que si les autres oublient (ce qui est bien normal d'ailleurs) je suis toujours avec et sans Cécile. Alternance des souvenirs et de l'absence de cette pauvre jeune femme malchanceuse, punie comme tant d'autres de n'avoir rien fait que vivre. D'ici tout paraît sonner creux et inutile, même les moments heureux. Etrange sentiment d'être là et d'avoir envie d'être ailleurs , tout le temps.
Je t'embrasse bien fort et te redis combien je t'aimais et combien tu me manques.
Je n'aime plus les anniversaires.

Ô triste, triste était mon âme
À cause, à cause d'une femme.

Je ne me suis pas consolé
Bien que mon c½ur s'en soit allé,

Bien que mon c½ur, bien que mon âme
Eussent fui loin de cette femme.

Je ne me suis pas consolé,
Bien que mon c½ur s'en soit allé.

Et mon c½ur, mon c½ur trop sensible
Dit à mon âme : Est-il possible,

Est-il possible, — le fût-il, —
Ce fier exil, ce triste exil ?

Mon âme dit à mon c½ur : Sais-je
Moi-même que nous veut ce piège

D'être présents bien qu'exilés,
Encore que loin en allés ?

Paul Verlaine
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# Posted on Monday, 07 September 2009 at 6:54 AM

La case départ et celle d'arrivée

La case départ et celle d'arrivée
Et voilà , la date d'anniversaire de Cécile est passée, elle aurait eu 39 ans le 10 août. Mais Cécile n'a plus d'âge, elle n'existe plus beaucoup, je n'entends plus parler d'elle, nulle part. Au moins elle n'a plus de souci avec ce temps qui passe et n'en finit pas de nous user !
Même s' il n'y a plus beaucoup de personnes qui évoquent aujourd'hui son souvenir, ni même son nom. Ou bien je ne les entends pas. Peut être finalement tout le monde s'est habitué à se taire, c'est tellement difficile d'exprimer le manque.
Pourtant à chaque fois que j'entends quelque part son prénom, ou que je le lis, quelque chose en moi se réveille, et qui me griffe le coeur, ou me serre la gorge. Les chansons de Brel me font toujours mal, et en ce moment celles de Bashung me "travaillent" beaucoup. Je supporte mal de voir les gens mourrir au cinéma ou à la télé. Je suis devenu sensible, fragile (on me l'a dit de nombreuses fois ces temps-ci).
Je viens d'aller faire un tour sur quelques sites de deuil ...et j'ai trouvé ça vraiment déprimant. Tous ces gens qui cherchent à refaire surface me font penser à des naufragés qui se demandent s'ils vont s'en sortir ou pas.
Si je suis passé sur ces sites c'est parce que je me demande moi même comment je peux faire, encore aujourd'hui , presque deux ans après la "tempête" de la maladie de Cécile, pour revivre parmi les autres, et retrouver une place, un rôle. Je me demande pourquoi je suis toujours mal à l'aise au milieu des autres, je ne sais pas bien pourquoi. Je me suis habitué à la différence, à cette idée que je puisse être différent. Comme Jules et Lisa, qui sont des enfants différents aux yeux des autres (et aux miens aussi).
Certains passages de notre vie actuelle sont toujours très difficiles à vivre, certains soirs, je ne sais pas à quoi cela tient. Le vide est toujours problématique, l'absence, le manque physique et affectif, tout ça quoi.
Certains soirs il me tarde d'être arrivé au bout de ma mission, quand les enfants seront grands, et qu'ils n'auront plus besoin de moi (j'imagine) ; je pourrais enfin savoir si la deuxième partie valait le coup.
Mais finalement en attendant ce jour je fais comme tout le monde je vis chaque jour en essayant d'y mettre quelque chose d'intéressant, ça doit être ça l'espoir.
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# Posted on Thursday, 13 August 2009 at 9:23 AM

Ma peine est immense, et le monde si difficile

Ma peine est immense, et le monde si difficile
j' y suis retourné, comme je lui avais promis; rien n'a beaucoup changé là-bas; tout y est encore calme et apaisé, bleu et blanc, lumineux.
J'ai marché dans les mêmes rues, les mêmes places. J'ai ressenti un vide immense et la solitude , toujours la solitude. Les beautés de ce monde ne seront donc plus jamais les mêmes.
Je l'aime encore, seul.

# Posted on Thursday, 23 July 2009 at 8:17 PM

automne monotone

automne monotone
Au fil des jours et des saisons Cécile disparaît toujours un peu plus. Ils ne sont plus très nombreux ceux qui arrivent à parler d'elle, et même si je sais que beaucoup de personnes la portent encore dans leur coeur, cela n'a plus rien à voir avec l'année dernière. Notre trio familial semble s'être peu à peu laissé persuader que l'on peut s'habituer à l'horreur et à la douleur de l'absence. Nous rions souvent avec les enfants, je les fais rire, ils m'aiment , je les aime, on s'aime. On s'aimait déjà avant de toute façon.
Quand je prends un peu de recul je m'aperçois qu'il est évidemment bien plus difficile d'élever ses enfants dans ces conditions, seul, car personne ne vient modérer certaines attitudes, ni remettre en question ma façon de faire. J'ai appris certaines choses de Cécile mais je dois encore beaucoup inventer, et sur ce point elle me manque beaucoup aussi; elle avait tellement de "savoir-faire", un sens inné de la communication avec les enfants et une grande psychologie en matière d'éducation. Elle était plus patiente que moi aussi, je pense.

Et dire que mon amour n'est plus qu'un souvenir , lointain, impalpable, fantômatique, approximatif. C'est consternant comme la vie peut être ingrate et comme les humains sont incapables d'accepter leur sort. Il n'y a pas un jour où je n'espère retrouver quelque part dans ce monde impossible une minuscule part de Cécile, un souvenir inédit, un rien que je n'aurais pas encore exploré ou découvert, quelque chose qui m'aiderait à croire que tout n'est pas perdu. Mais les jours passent , monotones, pleins de son absence totale, et rien n'arrive.

# Posted on Sunday, 09 November 2008 at 5:48 PM

Edited on Friday, 21 August 2009 at 5:42 AM